
Requiescat In Pace
Remarque : Mme Marie-Anne Hameau a donné son corps à la science. Que ces pages soient le rendez-vous de ceux et celles qui voudront se recueillir un moment en sa mémoire.

Livre de condoléances : si vous avez connu Mme Marie-Anne Hameau, vous pouvez écrire ici quelques mots ou quelques lignes. Nous espérons ainsi faire une chaîne entre toutes les personnes qui ont eu la chance de côtoyer cette grande Dame. Livre d'or Marie-Anne Hameau
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Madame Hameau a été mon professeur à Paris. Une belle amitié est née de cette rencontre et cette dame nous a fait l'honneur, à ma famille et à moi, de devenir notre amie et même la marraine de notre fils Nicolas-Jehan.
Panégyrique prononcé dans la chapelle des Frères à Neuchâtel (Suisse) par Georges Dufaux lors d'une cérémonie d'adieu donnée en mémoire de Madame Hameau.
Au moment d'écrire ces lignes, je m'aperçois que nous ne savons pas grand-chose de Madame Hameau.
Certes, vous avez connu et apprécié sa grande bonté d'âme, son altruisme, sa générosité. J'en parlerai après, et prèfère d'abord la cerner dans sa vie de tous les jours.
Madame Hameau-Batolova est née en Bulgarie, à Sofia, plus précisément, le 19 février 1919.
Retracer sa vie quotidienne, c'est parler de ses nombreuses études.
En 1937, elle est au collège Saint-Joseph de Sofia où elle passera son baccalauréat français. L'année suivante, elle fréquente la faculté de droit à Paris. Commence alors une longue vie studieuse.
En 1941, elle obtient son diplôme de fin d'études supérieures en philologie romane et en histoire, à l'université de Sofia.
L'année suivante - en 1942 - elle est à Rome. Là, elle prépare deux certificats : celui de l'histoire de l'art et celui de littérature italienne. La même année, elle reçoit le diplôme de perfectionnement de philologie romane à l'institut du professeur Bertoni.
Puis elle retourne à Sofia en 1943 et y acquiert un an après un diplôme d'Etat pour l'enseignement du français et de l'italien.
En 1947, elle vient à Paris pour passer ses équivalences de licences.
En 1954, elle visite la capitale anglaise, fréquente Polytechnic School et y obtient un diplôme d'anglais.
A ces connaissances linguistiques, il faut ajouter qu'elle lisait et comprenait le russe, l'espagnol et le serbe.
Elle complète sa formation par des stages :
- en 1964, elle est en Belgique, à Anvers, où elle suit un cours pour l'enseignement audio-visuel.
- la même année, elle assiste à des conférences de l'Association des professeurs de français, à Chicago.
Puis c'est à son tour d'animer des stages. D'abord en France. Elle est responsable de la formation des professeurs de l'Ecole américaine de Saint-Cloud.
En 1957, elle dirige le stage de formation des réfugiés hongrois sous l'égide du Ministère de l'Education Nationale.
De 1967 à 1970, elle est à la Sorbonne où elle donne des cours d'été pour les professeurs de français.
En 1976, elle est responsable d'un stage d'été pour les professeurs espagnols au château de la Vilette.
A l'étranger enfin :
Elle est déléguée au Portugal et s'occupe des cours de formation des Alliances françaises et cela pendant trois ans.
Madame Hameau a enseigné le français à tous les niveaux, y compris la pédagogie, de 1942 à 1982. Elle donna aussi des cours d'italien et excellait également en civilisation française :
- littérature, histoire, géographie, histoire de l'art, histoire de Paris, droit civique.
Elle enseigna à Sofia, sa ville natale, de 1942 à 1947, d'abord à l'Institut français, puis à l'université en qualité d'assistante en philologie romane.
De 1942 é 1945, elle exerce ses dons de pédagogue auprès de l'armée américaine, à Sofia.
Dès juillet 1947, elle entre à l'Alliance française de Paris et ne quittera cet établissement qu'en 1982 pour prendre sa retraite.
Elle y fut chargée, outre ses cours ordinaires, pendant 20 ans de l'inspection régulière des professeurs.
Mais Madame Hameau ne se contente pas d'un enseignement complet qui lui prend pourtant beaucoup de temps. Pendant les vacances de Pâques de 1948, elle donne des cours à des étudiants anglais au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Nous la retrouvons aussi à l'université de Maryland, de 1948 à 1951. Pendant 12 ans, elle enseignera la langue et la civilisation française au Collège de la Défense de l'OTAN.
De 1957 à 1958, elle est professeur associé d'abord au Transylvania College et à l'université de Lexington, dans le Kentucky.
Madame Hameau s'est aussi occupée de publication. Elle a laissé de nombreux articles dans le Bulletin pédagogique de l'Alliance française et dans une autre revue : Le Français et le Monde. Elle a également collaboré à une autre revue et intitulait ses articles Lettres de Paris. Enfin, elle a conçu deux manuels concernant l'enseignement du français dans les lycées bulgares. Elle a été, je cite M. Bruézières, "L'une des principales collaboratrices du célèbre Cours de langue et Civilisation françaises, le fameux Mauger I bleu.
On trouve encore dans le commerce trois livrets intitulés : Je lis, tu lis..., plus particulièrement destinés aux enfants étrangers pour l'apprentissage du français
Enfin, en 1984, elle reçut les Palmes académiques qui couronnaient sa longue carrière d'enseignante émérite.
J'ai certainement oublié bien des choses en retraçant la vie laborieuse de Mme Hameau. Je sais aussi qu'elle n'aurait point aimé qu'on en parlât de son vivant. Mais en ce jour, alors que nous sommes réunis pour penser à elle, j'ai cru bon de mettre l'accent sur ses qualités professionnelles. Quant à ses qualités morales, vous les connaissez.
Madame Hameau était l'amie de tous, la marraine de nombreux enfants. Elle avait au moins 12 filleuls !
Madame Hameau, c'était la bonne Dame de Paris. Sa chaleur, sa bonne humeur nous étaient précieuses. Quand on l'interrogeait sur sa santé, elle répondait : "Dieu ne nous envoie pas plus que l'on ne peut supporter." Généreuse, tendre, toujours disponible, ouverte à tous les problèmes, croyante - je dirais plus - oecuménique, Madame Hameau avait de nombreux amis de religions différentes. Elle avait l'art de laisser les gens se confier à elle. Elle était à l'écoute, qualité précieuse entre toutes.
Aujourd'hui, son amitié nous rassemble, car c'est à elle que nous devons le plaisir et le bonheur de nous connaître .
Je ne voudrais point oublier d'associer à nos prières Mme Berthel, sa soeur, et Mlle Andreeva, sa nièce, avec lesquelles Mme Hameau vivait en harmonie à Paris. Que Dieu les réconforte dans leur profonde douleur et les aide à supporter cette si cruelle séparation !
Nous sommes en effet facilement désemparés devant la mort et les mots sont bien vides pour exprimer notre chagrin. Nicolas-Jehan m'a appris le décès de sa marraine en disant : "Tu sais papa, Madame Hameau est au ciel avec Jésus." Simplicité de l'enfance devant l'interrogation infinie de l'homme que je suis devenu et qui veut cependant croire avec le poète que :
De l'autre côté des tombeaux,
Les yeux qu'on ferme voient encore.
© Georges Dufaux pour Global French Language